12 octobre 1858

« 12 octobre 1858 » [source : Bnf, Mss, NAF16379, f. 289], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5765, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon pauvre bien-aimé ; bonjour, mon doux être adoré, bonjour. Je te croyais si parfaitement guéri hier matin, que je me suis permise des plaisanteries sur ta chère santé dont je me repends maintenant que je sais que tu souffres encore de ta pauvre jambe. J’espère pourtant que cela ne sera rien et que tu en seras quitte pour quelques bains pris un peu plus dans les règles que celui d’hier. Terrier te dira ce soir ce qu’il pense de cette petite recrudescence douloureuse et ce qu’il faut faire pour la calmer tout de suite. Jusque-là, je suis bien impatiente de savoir comment tu as passé la nuit. As-tu bien dormi au moins ? Le départ de ces dames doit causer quelque agitation ce matin dans ta maison. J’espère que ce n’est pas aux dépensa de ton sommeil et de ton repos ? Du reste, il est impossible d’avoir un meilleur temps pour s’embarquer. Je leur souhaite une bonne traversée et même beaucoup de bonheur au-delà, mes vœux ne me coûtant que la peine de les faire. Tu vas donc avoir une quinzaine de jours à toi pour te reconnaître avant l’arrivée des Belgiquois1. Ce n’est pas trop pour mettre au pair ta santé et tes travaux spirituels et matériels. Malheureusement personne ne peut te venir en aide efficacement pour tout cela et moi moins que personne. Je ne peux que t’aimer, t’aimer et toujours t’aimer, ce qui n’est pas assez. Ce sentiment de mon impuissance m’humilie sans me décourager et je t’aime d’autant plus que je désespère de t’être utile. Je t’aime, je t’aime, je t’aime.


Notes

1 Il s’agit de trois habitants de Bruxelles : Pierre-Jules Hetzel, Noël Parfait et Gustave Frédérix.

Notes manuscriptologiques

a « au dépend ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.

  • 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
  • 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.